Mardi 12 mars 2019

Sida, les faits rien que les faits : la Prep ça marche !

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Des moyens de prévention hautement efficaces pour mettre fin à l’épidémie de VIH/sida existent. Parmi eux, la Prep ou Prophylaxie Préexposition. Elle évite des contaminations, tout particulièrement parmi les personnes les plus exposées au risque d’infections par le VIH. Pourtant cela fait quelques mois que des voix s’élèvent dans les médias, écrits et audiovisuels, qui minorent cette évidence scientifiquement démontrée. Des voix sourdes aux progrès faits en matière de stratégies de prévention biomédicales auxquelles nous contribuons collectivement depuis plus de 35 ans.

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La Prep a été largement accessible en France dès 2016. Cette nouvelle stratégie de prévention contre le VIH est fondée sur l’utilisation d’un médicament antirétroviral à prendre avant et au cours d’une période d’exposition à un risque de contamination VIH. Elle fait partie d’une offre de santé sexuelle qui l’associe à un suivi médical, à des dépistages réguliers des infections sexuellement transmissibles (IST) pour les diagnostiquer, puis les traiter au plus tôt, y compris quand elles sont asymptomatiques. Cette offre de santé s’accompagne d’une prise en compte d’éventuelles addictions et d’une mise à jour des vaccinations contre certaines IST (HPV,VHB,VHA).

Quelques détracteurs de la Prep avancent, sans données probantes ni preuves scientifiques, que le développement de cet outil aurait eu pour conséquence la hausse des IST. C’est une opinion, pas une relation de cause à effet, qui vise à remettre en cause la pertinence d’un nouvel outil de prévention et qui a pour but d’instaurer un climat de questionnement et de méfiance. On se retrouve dans une situation inédite où les détracteurs de la Prep lui reprochent de ne pas faire ce pourquoi elle n’a pas été conçue. Ces mêmes accusateurs se focalisent sur ses limites théoriques sans jamais mentionner celles des autres outils de prévention.

Nous entendons désormais de plus en plus souvent des propos non pondérés et raisonnés concernant la Prep qui ont pour conséquence de stigmatiser certaines pratiques sexuelles, notamment chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Distillations de polémiques et de « fake news » particulièrement singulières alors même que les preuves scientifiques de l’intérêt de la Prep soulignées par l’OMS, s’accumulent et que la recherche française est en première ligne dans ce domaine. Des propos, donc, à contrevent du consensus médical national et international, de l’expertise de l’ensemble de la communauté médicale et associative qui trouvent, hélas, un écho de plus en plus important dans les médias grand public.

Nous, chercheurs-ses, médecins et militants-es de la lutte contre le sida, alertons aujourd’hui sur les dangers de l’émergence de discours alarmistes qui se fondent essentiellement sur des croyances ou des approximations non étayées de données scientifiques. Des discours qui relèvent plus de la morale ou de l’idéologie que de la santé publique.

Tenter de maintenir les gens dans la crainte et l’ignorance d’un outil préventif qui pourtant sauve des vies en évitant des contaminations, c’est nuire à une lutte efficace contre l’épidémie de VIH et les IST. C’est pourquoi, nous souhaitons apporter quelques précisions éclairées par nos connaissances et notre expérience médicale.

Tout d’abord, la Prep constitue un outil de prévention hautement efficace contre le VIH au niveau individuel - de l’ordre de 99 % lorsqu’elle est parfaitement prise. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les professionnels-les et les experts-es de santé recommandent et encouragent son développement, notamment auprès des communautés les plus vulnérables au VIH, comme outil de prévention complémentaire au préservatif. La Prep a d’ores et déjà fait ses preuves à l’étranger. A San Francisco, le nombre de nouveaux cas de VIH a chuté de 49% entre 2012 (année  où  la  Prep a été autorisée aux États-Unis) et 2016. Mais aussi en France, à Nice, où l’on constate en 2018 une baisse de 40 % des nouvelles contaminations au VIH enregistrées. Cette baisse inédite et historique dans l’histoire du VIH est concomitante à la mise en œuvre de la Prep dans cette ville en 2016.

Quant à l’augmentation des cas d’IST diagnostiqués, cette dernière a démarré bien avant l’introduction de la Prep en France tout comme la moindre utilisation du préservatif et l’augmentation de certaines pratiques à risque. Elle n’en est donc pas la conséquence. Cette augmentation s’explique, en partie, par le changement de stratégie de dépistage. La grande « explosion » des infections à gonocoque à laquelle font notamment référence les opposants à la Prep date de 2014. Cela coïncide avec le développement des techniques plus sensibles de dépistage ainsi qu’aux recommandations d’un recours plus régulier au dépistage des IST. Ce qui offre la possibilité de dépister des cas qui ne l’auraient pas été jusqu’ici, de les diagnostiquer et de les traiter

C’est bien parce que la Prep impose le dépistage systématique tous les trois mois que ces infections génitales ou orales sont dépistées. Une fois dépistées, elles sont traitées.

Or, la seule chose qui a un intérêt concret et un impact réel sur les IST, c’est leur dépistage et leur traitement. La Prep a permis et permet de détecter et soigner les IST. C’est donc bien un allié dans la lutte contre le VIH et l’ensemble des infections sexuellement transmissibles. C’est depuis que la Prep est présente que les IST font partie intégrante de tous le congrès scientifique sur le VIH, à l’instar de la CROI 2019 à Seattle.

Nous médecins, chercheurs-ses et militants-es de la lutte contre le sida, ne croyons pas aux miracles. Nous défendons une palette de prévention adaptée à toutes les pratiques, à tous les parcours de vie, à toutes les personnes, au Nord comme au Sud, sans stigmatiser ni juger aucune sexualité, aucune origine.

Nous connaissons depuis 10 ans une révolution dans la prévention du VIH et des IST. Combattre la Prep, ce n’est pas, contrairement à ce qu’on s’efforce de nous faire croire, agir sur les IST, mais c’est bien laisser les personnes se contaminer par le VIH, cette IST non guérissable à ce jour. Combattre la Prep, c’est faire le choix de la peur et de la morale, plutôt que celui de la science et de la santé publique.
Signataires :

  • Françoise BARRÉ-SINOUSSI, prix Nobel de physiologie et de médecine 2008, présidente de Sidaction
  • Aurélien BEAUCAMP, président de AIDES
  • Dominique COSTAGLIOLA, directrice de recherches INSERM et personnalité qualifiée membre du conseil d’administration de AIDES
  • François DABIS, directeur de l’ANRS
  • Jade GHOSN, maître de conférences des universités, praticien hospitalier 
  • Christine KATLAMA, professeure de maladies infectieuses 
  •  Hubert LESUR, président du Centre de santé sexuelle Le 190
  • Michel OHAYON, médecin, Centre de santé sexuelle Le 190
  • Gilles PIALOUX, professeur de maladies infectieuses, médecin des hôpitaux
  • Anne SMON, service de médecine interne - Hôpital Pitié-Salpêtrière, présidente honoraire de la SFLS.
  • Bruno SPIRE, directeur de recherches à l'INSERM et président d'honneur de AIDES
  • Yazdan YAZDANPANAH, chef de service des maladies infectieuses à l'Hôpital Bichat, APHP ; professeur d'Université à Paris Diderot, chercheur à l'INSERM et directeur de l'institut thématique immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie à Aviesan
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