Mardi 1 octobre 2019 tagTribunes

« Monsieur le Président, la France doit être au rendez-vous dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme »

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TRIBUNE - Avant la conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre ces trois maladies, les 9 et 10 octobre à Lyon, 200 ONG appellent à une augmentation de 450 millions d’euros par an de la contribution française.

Monsieur le Président,

En tant qu’associations du monde entier engagées dans la lutte contre les pandémies, nous voulons vous remercier pour l’organisation, à Lyon, les 9 et 10 octobre prochains, de la Conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Mais si peu de vos concitoyens et concitoyennes, de vos collègues politiques mêmes, savent ce que signifie ce fonds. Pour nous, il fait toute la différence. Nous vous remercions pour votre engagement personnel et vous appelons à faire de cette conférence un succès.

Le 24 septembre, vous l’avez rappelé haut et fort à la tribune des Nations unies, « les résultats sont là » : 32 millions de vies sauvées grâce au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. A sa création en 2001, personne ne pensait que ce fonds aurait un tel impact ! Qu’il aboutirait à ce que plus de 60 % des personnes vivant avec le VIH dans le monde bénéficient désormais d’une trithérapie, et que 5 millions de personnes atteintes de tuberculose soient mises sous traitement. Que, dans de nombreux pays, il stopperait la transmission du VIH des mères à leurs enfants au moment de l’accouchement et permettrait à 6 millions de femmes enceintes d’être traitées préventivement contre le paludisme. Qu’il créerait des programmes permettant aux centres de santé pour des populations souvent stigmatisées et criminalisées, comme les travailleuses du sexe ou les prisonniers et prisonnières, d’avoir accès aux outils de diagnostic et traitement du VIH et de la tuberculose.

 

Cela, c’est en grande partie à la France que nous le devons. La France, fer de lance de la réponse scientifique sur les pandémies, comme en témoignent les prix Nobel reçus en 1907 pour les découvertes sur le paludisme et en 2008 sur le VIH, la découverte du vaccin contre la tuberculose en 1921, et plus récemment le développement du traitement préventif à la demande (la PrEP) pour le VIH. La France, aussi à l’origine de la création d’outils multilatéraux comme le Fonds de solidarité thérapeutique international, ou encore Unitaid pour l’achat groupé de médicaments. La France, qui a su également entraîner d’autres pays dans l’aventure du Fonds mondial, comme elle l’a fait également avec la taxe de solidarité sur les billets d’avion – et qui sait, demain, une taxe internationale sur les transactions financières.

Pour l’ONU, la fin du sida et du paludisme est possible à l’horizon 2030, et la fin de la tuberculose peut suivre

C’est votre héritage, mais la lutte contre les pandémies a encore besoin de vous. Pour l’ONU, la fin du sida et du paludisme est possible à l’horizon 2030, et la fin de la tuberculose peut suivre. Pour la première fois dans l’histoire, nous pouvons le dire ! Pourtant, l’ONU alertait aussi en juillet sur la baisse de l’aide internationale contre les pandémies et le risque de leur résurgence si la communauté internationale ne se mobilise pas à la hauteur des enjeux. Le Fonds mondial doit refléter le réel engagement de tous les pays contributeurs à mettre fin aux trois pandémies. 14 milliards de dollars pour les trois prochaines années, voici l’objectif fixé. Cela semble beaucoup, mais c’est pourtant le strict minimum. Grâce à votre engagement au plus haut niveau, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, l’Italie, la Commission européenne et l’Allemagne ont déjà annoncé des augmentations significatives de leur contribution au Fonds pour les trois prochaines années.

 

L’objectif est donc atteignable, à une condition : que la France soit au rendez-vous. Par sa capacité à entraîner encore davantage de pays et de nouveaux donateurs, mais aussi par l’exemple qu’elle peut elle-même donner, en augmentant également sa contribution d’au moins 25 %, soit 450 millions d’euros par an. L’équivalent du transfert de deux stars du football français, ou du budget prévu pour compenser l’arrêt de la publicité après 20 heures sur France Télévisions. Ne comparons pas l’incomparable, mais rappelons-nous que le coût de l’élimination des pandémies est largement à la portée des Etats.

Pas de développement durable sans santé

Il n’y a pas de développement durable sans santé. Une planète sans pandémies d’ici à 2030 est d’ailleurs l’un des objectifs de développement durable adoptés par les Etats du monde entier. Nous connaissons les coûts, humains, sociaux, économiques que ces pandémies engendrent, alors que leur élimination est possible pour seulement 0,01 % du PIB du G20.

 

Pour cela, le monde a besoin de leadership. La France a joué ce rôle dans le passé. Monsieur le Président de la République, le rôle que vous allez jouer en accueillant cette conférence de reconstitution est historique. Vous avez pris la mesure de l’urgence climatique en doublant votre contribution au Fonds vert, vous avez augmenté l’aide publique française au développement, nous vous demandons de répondre à l’urgence sanitaire en assurant aujourd’hui le succès financier de votre conférence. Léguer aux générations futures un monde sans sida, sans tuberculose et sans paludisme est possible, et vous pouvez en être l’artisan. Nous vous attendons avec impatience et confiance les 9 et 10 octobre à Lyon.

 

 

Signataires : AIDES, Action Santé mondiale, Amis du Fonds mondial Europe, Coalition PLUS, CRIPS Ile-de-France, Elus locaux contre le sida, Fédération LGBTI+, Handicap International, Inter-LGBT, Médecins du monde, ONE, Santé Sud, Sidaction, Solthis, et plus de 190 autres associations et organisations non gouvernementales du monde entier.

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